La Châtre 2006 - Reportage


Article et photos de Dominique Pascal

Avec, en fond le clocher de La Châtre, l'épingle du raccordement à la nationale. C'est ici que le spéctacle était le plus... vif, à l'époque de la Coupe Gordini !


Un weeK-end à la campagne !

Le circuit de La Châtre, comme celui de Magny-Cours dans les années 1960 fleurait bon la campagne, la douceur de vivre et la simplicité. Ce sont ces valeurs que nous avons retrouvées sur le circuit berrichon, exceptionnellement ouvert dans sa configuration longue, les 10 et 11 juin derniers.

C'est à l'initiative du Lions Club de La Châtre que chaque année depuis 2002 Auto Rétro Sport réunit un florilège de voitures de course et de sport sur le circuit de La Châtre. Rassembler des voitures est une chose, mais leur donner du temps pour s'exprimer sur la piste, faire partager aux pilotes et aux spectateurs amitié et considération, voilà une recette qui mérite d'être suivie. L'édition 2006, n'a pas failli à la règle, avec au programme, en plus du circuit, un rallye promenade qui s'est déroulé le samedi, et qui a fait découvrir à certains les charmes du Berry.

Bonne volonté

Le circuit de La Châtre existe depuis une cinquantaine d'années grâce aux efforts de la municipalité de l'époque et de son comité des fêtes, qui organisait déjà la course de côte d'Ars. Le circuit a pu naîtreà l'occasion de la rectification de la route de Bourges, la nationale 940. Avec deux simples virages, de la bonne volonté et du courage à revendre, Maurice Tissandier et le comité des fêtes allaient oeuvrer pour mettre sur pied des réunions annuelles rassemblant des motos et des autos de course. Mais le circuit démarre avec un léger contre-temps.

Opérationnel dès 1955, le petit circuit de 1,3 km ne sera inauguré que l'année suivante, le 17 juin 1956 pour être précis, car la catastrophe des 24 heures du Mans de 1955 a différé son ouverture. "Nous devions avoir notre première réunion sportive la semaine qui a suivi la catastrophe du Mans, et ce n'est que le jeudi que les autorités nous ont signalé l'interdiction de toute compétition automobile en France, et de la notre par la même occasion, explique Maurice Tissandier. Cela nous a causé d'énormes problèmes. Les affiches les programmes avaient été imprimés et des concurrents étaient déjà là pour les entrainements. On a perdu beaucoup d'argent dans cette affaire, et il a fallu six ans au comité des fêtes pour se remettre à flot." En revanche, en 1956, "il a plu comme j'ai rarement vu pleuvoir", se souvient Maurice Tissandier, qui termine par un laconique : "On a quand même eu un monde fou !"

Pas de réunion à La Châtre sans un nombre d'Apline et de Renault 8 Gordini. Il faut dire que dans le passé ces deux voitures se sont souvent produites sur le circuit
Les Renault 8 Gordini sortent du circuit pour emprunter la route nationale, avant de revenir par une bretelles d'accès sur le circuit.

Le grand circuit

Depuis cette époque, le circuit s'est agrandi, et de nombreux champions y ont fait leurs premières armes, comme Alain Prost et Jackie Stewart, entre autres. La célèbre Coupe R8 Gordini y a froissé des portes, les berlinettes Alpine y ont usé de la gomme, mais ce qui reste le plus intéressant, ce sont toutes les monoplaces venues s'affronter ici. Des F3, des F2, des Formules Vée, des Formules Ford, des Racer 500, et bien sûr, des Formules France.

La prégrille permet de "stocker" les concurrents, avant qu'ils ne s'élancent sur la piste. Notons le nombre de R8 Gordini, pilotées par Jean Pierre Courageot, Joël Avril, Michel Decuignières, Jean Doyen, Pascal Fradet, Jean François Renault, Michel Nicolle, etc...

Stéphane Tournan pose devant sa monoplace Hampe de Formule Renault Europe de 1975. Sur les 32 Hampe de Formule Renault fabriquées, c'est le seul exemplaire connu de FR Europe. Elle fut pilotée à l'époque par Jean Pierre Malcher et Maxime Bochet.
La Panhard Dyna Z1 en aluminium de Jean François Meunier levait ostensiblement une roue dans chaque virage un peu serré. Les spectateurs ont adoré !
André Boillot


Non loin du circuit de La Châtre, ce monument à la mémoire d'André Boillot rappelle que ce valeureux pilote a trouvé la mort non sur le circuit mais dans la course de côte d'Ars, une épreuve instituée à l'initiative de Maurice Barret, dès 1928. Sur la route reliant La Châtre à Châteauroux. C'est dans l'épreuve de 1932 qu'André Boillot est décédé. Quelques jours auparavant, les 1er et 2 juin, il avait signé le record international des 24 heures en classe F, au volant d'une petite Peugeot 301. André Boillot remporta de nombreux succès sur Peugeot, dont la Targa Florio 1919, le GP de l'ACF Tourisme en 1923, la Targa Florio 1925, le GP de l'ACF Tourisme 1925, les 24 heures de Belgique 1926, les 12 heures de Saint-Sébastien et les 24 Heures d'Italie 1926.

                                                                                                 

Encore une fois, la bonne surprise cette année, pour les amateurs de spéctacle et les pilotes, venait du fait que l'orgnisateur avait grâce au soutien du conseil général de l'Indre, fait couper la route qui borde le circuit. Le "grand tracé", c'est celui qui sort du circuit permanent pour rejoindre la route nationale 940 sur quelques 800 mètres, pour revenir ensuite par une bretelle de raccordement sur le circuit permanent, qui est assez tourmenté. C'est sur cette ligne droite que les voitures atteignent leur maximum, de l'ordre de 180 km/h pour les plus rapides. C'est là que les monoplaces s'en donnèrent à coeur joie. Notons à cet égard que les différents plateaux de voitures de course ne faisaient nulle compétition, mais participaient à une simple séances d'essais. Pas de classement à l'arrivée, car aucun temps n'était enregistré par les organisateurs. Oui La Châtre, c'est vraiment un circuit - et une manifestation - qui mérite le détour !

Sous un soleil intense - c'était le premier jour de l'année qui soit très ensoleillé en France - les pilotes ont beaucoup transpiré.



Laurent Debain fait partie de ces amateurs inconditionnels de Gordini qui n'hésitent pas à poser leurs roues sur les circuits.



Le club Formules de France est très présent chaque année à La Châtre, avec une vingtaine de monoplaces équipées de moteurs Renault. Dans ce club, les anciens aident les petits nouveaux, comme on le voit devant cette mécanique récalcitrante.


Un champ, des voitures, du bruit, de l'amitié... c'est ça La Châtre !